À Vauvert, les résidents de la Pointe Langevin voient leur avenir s’effriter au rythme de l’érosion des berges. Leurs propriétés, autrefois synonymes de sécurité et de patrimoine, perdent progressivement leur valeur alors que la menace gagne du terrain. Pour plusieurs, vendre leur maison relève désormais de l’impossible, faute d’acheteurs prêts à assumer les risques liés à l’érosion. Devant une situation qui ne cesse de s’aggraver, les résidents réclament un engagement ferme des candidats aux élections provinciales : solliciter la tenue d’un Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) consacré à la gestion du lac Saint-Jean.
« Nous sommes une dizaine de propriétaires riverains de Vauvert à Dolbeau-Mistassini à voir nos propriétés gravement menacées par un processus d’érosion qui ne cesse de s’aggraver depuis plusieurs années. Jusqu’à maintenant, trois propriétés ont été perdues. Nous vivons chaque année dans l’incertitude de ce que nous réservera la prochaine saison », peut-on lire dans un communiqué du Comité de la Pointe Langevin.
Des maisons dévaluées
La situation place plusieurs propriétaires devant un choix difficile : demeurer sur place malgré les risques ou renoncer à leur propriété sans pouvoir en tirer une valeur correspondant à leur investissement.
« Nos maisons sont dévaluées, nous ne pouvons donc plus les vendre. Cela signifie pour certains d’entre nous de rester coincés ici malgré une santé défaillante reliée au vieillissement, ou, pour d’autres, de perdre leur projet de retraite à venir, puisqu’aucune compensation n’est prévue pour la perte d’une résidence secondaire. »
Une quatrième maison, propriété de Serge Provencher, fait actuellement l’objet d’une déconstruction.
« C’est la Sécurité civile qui décide et le propriétaire reçoit un dédommagement. Autrement dit, certains doivent attendre le même sort pour partir », explique Paul-Henri Girard, membre du Comité de la Pointe Langevin.
Selon lui, l’écart entre la valeur marchande d’une propriété et le montant du dédommagement illustre l’ampleur du problème.
« Ce propriétaire qui aurait pu, en temps normal, vendre sa maison 800 000 $ obtiendra 385 000 $ de Québec. »
Un problème qui persiste
Le Comité de la Pointe Langevin revient également sur les causes qu’il associe à la dégradation des berges.
« Rio Tinto, qui pourtant contrôle tant le niveau du lac Saint-Jean que le débit de la rivière Péribonka, a choisi de ne pas intervenir dans le cadre du programme de protection des berges du lac Saint-Jean, prétextant une crue plus importante de la Petite Péribonka en 2017 », rappelle le comité dans son communiqué.
Les résidents soutiennent toutefois que l’érosion touche également les berges de la Grande Péribonka, près de l’embouchure du lac, où le débit de la rivière s’accroît en raison de la gestion des quatre barrages hydroélectriques exploités par Rio Tinto sur cette rivière.
À cela s’ajoute l’action des vagues, dont l’impact sur les berges varie notamment en fonction du niveau du lac.
Pour les résidents de la Pointe Langevin, l’enjeu dépasse donc la protection de quelques propriétés. Ils souhaitent obtenir une analyse globale de la gestion du lac Saint-Jean et de ses effets sur les secteurs riverains vulnérables.
C’est dans ce contexte qu’ils demandent aux candidats de s’engager clairement en faveur de la tenue d’un BAPE. Pour eux, une telle démarche permettrait d’examiner publiquement les causes de l’érosion, les responsabilités des différents intervenants et les solutions envisageables pour les propriétaires menacés.



